dimanche 7 juin 2009

COMMENT DEMOCRATISER PACIFIQUEMENT LA TUNISIE ?

Me Kamel Chaabouni

J'usqu'à quel millénaire le RCD va-t-il priver le peuple tunisien de son droit d'avoir un régime démocratique, de s'exprimer librement dans la presse, la radio, la télévision et autres masse média, pouvoir choisir en toute liberté ses élus sans trafiquer les élections et se sentir fier de sa patrie et de son Etat ?
La Tunisie de Bourguiba avait une chance de mettre en place un régime démocratique depuis la fin du protectorat français, mais la personnalité du Premier Président de la république, qui ne tolérait aucune entorse à son despotisme éclairé, avait empêché l'atterrissage de la Tunisie sur le sol de la démocratie et de la liberté réelle. Bourguiba est rentré par la grande porte de la Tunisie un certain 1er juin 1955, il est sorti par un trou de souris. Il était un moderniste, un modéré, un visionnaire, un bâtisseur mais jamais un démocrate. C’était un despote éclairé !!! En effet jamais ce leader n’a levé le slogan de la démocratie dans son combat, ses écrits ou dans ses discours. Bourguiba a bien profité des libertés publiques dont jouissaient les intellectuels tunisiens durant le protectorat. Ses écrits dans la presse de l’époque, seraient aujourd’hui censurés par le ministère de l’Intérieur.
Aujourd'hui à la Tunisie de Ben Ali s'offre une nouvelle chance d'atterrir sur les rivages de la démocratie. En relisant la déclaration du 7 Novembre 1987, nous nous rendons compte à quel point nous sommes loin des vœux pieux de cette époque exprimés par le successeur de Bourguiba à l’aube de la relève !!! Nous sommes loin aujourd’hui des bonnes paroles sur « la maturité du peuple tunisien digne d’être régi par un régime démocratique » et très loin encore de cette déclaration qu’ « il n’y a plus de place aujourd’hui pour une présidence à vie ».
En effet suite à la déposition de Bourguiba en novembre 1987, la Tunisie a eu droit à un intermède d’une année environ de relative liberté d’expression. On pouvait lire toutes les critiques et toutes sortes d’idées librement exprimées dans la presse de l’époque. J’avais même écrit et publié dans le quotidien « La Presse » que : « Pour connaître les vrais intentions du nouveau Président, il faudrait voir s’il allait dissoudre le Parti destourien, que si il arrivait à le faire il gagnera son pari démocratique et que s’il échouait, c’est la démocratie qui échouera en Tunisie ».
En effet, Le peuple tunisien commençait à espérer. Son rêve de voir enfin le soleil de la démocratie briller sur son pays après 30 ans de dictature implacable commençait à prendre forme. C’était sans compter avec les « apparatchiks » du Parti destourien. Il semblait que Ben Ali avait l’intention à l’époque de dissoudre ce parti totalitaire, il avait bien diagnostiqué le mal. Il comptait certainement sur l’armée d’où il provenait pour asseoir son pouvoir. Il avait même refusé de voir associer au terme de Président de la République des formules trop flatteuses comme celles dont raffolait Bourguiba. Mais le premier ministre qu’il avait nommé à l’époque Hédi Baccouch, était un homme d’appareil, c’était un pur produit de ce parti, il avait certainement convaincu Ben Ali de ne pas le faire. L’Algérie voisine dotée de son FLN, parti non moins despotique et démagogique avait prodigué ses « bons conseils ». Sans oublier certaines puissances européennes qui refusent tout changement en Tunisie sous couvert de la stabilité régionale et de lutte contre l’islamisme.
La pression était certainement très forte sur le nouveau président de la part des vieux profiteurs du système destourien. Les courbettes, les flatteries, l’hypocrisie, les interventions dispensées largement par cette classe de parasites qui n’a pas d’autre travail que la délation, le mensonge et les fourberies ont fini par avoir raison des bonnes intentions originelles du nouveau président. Ben Ali était devenu en un tour de passe-passe l’otage du parti destourien dont le travail était de le transformer à l’image de Bourguiba, en instrument de leur pouvoir et de leurs intérêts. Aujourd’hui la mission du RCD est accomplie, d’autres profiteurs d’une toute autre nature ont pris le relais pour assouvir leurs envies d’argent, de puissance et de pouvoir.
Ben Ali est ainsi un homme fort, très fort. Il est craint et respecté. Il dirige la Tunisie d'une main de fer depuis plus de 17 ans et n'a pas eu les troubles qui ont émaillé le règne de son prédécesseur comme en 1978 avec la crise de l'UGTT, et en 1981 avec " les émeutes du pain". Expert en la matière il a mis en place un système sécuritaire sans égal dans le monde. Les policiers sont respectés et craints en Tunisie car ils utilisent des méthodes proscrites par les droits de l’Homme comme la torture, la violence physique et morale, le harcèlement des militants, les écoutes téléphoniques illégales et le mépris du citoyen.
Le régime est fort, il a mis fin à la démagogie islamiste et à leur menace de mettre main basse sur le tissu social tunisien et à leur fascisme potentiel. Pas de place dans la Tunisie laïcisante pour les fanatiques, les salafistes, les rétrogrades religieux et tous ceux qui, au nom de l'Islam, patrimoine spirituel de la majorité du peuple tunisien, veulent nous imposer la "charia" revue et corrigée par leurs maîtres afghans et saoudiens !!!!!
J'aurais apprécié l'élimination du courant islamiste si la police tunisienne n’avait pas utilisé les méthodes musclées proscrites par la morale, le droit tunisien même, et les conventions internationales. Au lieu de la torture qui fait des islamistes des victimes, il aurait mieux valu procéder à un lavage de cerveau de ces "analphabètes" ces "ignares" et ces fanatiques d'un autre âge !!!!
L'analphabétisme et l'ignorance sont le terreau fertile du fanatisme et le fanatisme est le moteur de la violence, qui organisée, débouche sur le terrorisme. L'Irak d'aujourd'hui nous offre un parfait exemple sur le projet des salafistes, fanatiques et terroristes irakiens et autres arabes et islamistes.
Quel projet ont-ils, ces islamistes à part tuer des civils, des militaires et des policiers irakiens sans parlers des Gi's américains venus sauver l'Irak d'un tyran qui a massacré son peuple et dilapidé ses richesses dans des guerres aussi stupides qu'inutiles, alors que ce héros de "la mère des batailles", était incapable se riposter à l'attaque israélienne de 1981 qui a rasé ses centrales nucléaires Ozis et Oziris !!!

Le projet des islamistes en Irak, comme partout ailleurs, est de prendre le pouvoir par la violence et nullement par les élections aux quelles ils refusent de participer et de surcroît y mettent les embûches, c'est peu dire, allant jusqu'à détruire par les bombes les bureaux de vote et menaçant les gens qui s'y rendraient !!!!!
Ainsi agissent les islamistes et autres "benladénistes" et "zarquawistes" en Irak, en Afghanistan et partout ailleurs où ils auraient à usurper le pouvoir par la violence et la mort. Ces nervis refusent le processus électoral et la démocratie, " occidentale" à leur sens, que Carthage et Athènes avaient connus depuis l'Antiquité du temps où l'Europe sombrait encore dans le néolithique et où les USA étaient encore le pays paisible des Peaux Rouges !!! Ils glorifient le pouvoir qui puent les explosions, le sang, le "martyre", le veuvage, les orphelins, les handicapés, et tous ceux dont la vie est brisée par une explosion ou par un coup de feu !!!!
Ils savent parfaitement qu'un pouvoir acquis par la force ne se rend jamais à d'autres, que l'alternance ne risque pas de jouer. Alors qu'un pouvoir acquis grâce aux urnes sera rendu au peuple souverain, le jour où la volonté populaire décide de le confier à d'autres élus du peuple qui méritent sa confiance.
Loin d'appeler à l'utilisation de leurs méthodes violentes pour arriver à les éliminer, il serait plus judicieux d'user des méthodes qui n'usent d'aucune violence à leurs égards des méthodes qui respecteraient leurs intégrités physique et morale. Ceci en parfait respect des droits de l'Homme, des conventions et droit qui les régissent.
Il faudrait légiférer pour permettre aux autorités d'imposer à ces "obscurantistes" un enseignement en histoire des religions, en religions comparées, en anthropologie humaine et physique, en philosophie grecque et occidentale, en théologie musulmane et surtout en théologie mutazilite, leur prodiguer l'enseignement d'Averroès, etc. s’ils ont le niveau requis pour assimiler ce genre d'enseignements. S'ils sont analphabètes, on devrait les astreindre par les moyens adéquats et conformes au droit à élever leur niveau d'instruction afin de leur permettre d'assimiler les enseignements indiqués après quelques années.
Sans être d'accord sur les méthodes musclées, contraires aux droits de l'Homme, utilisés pour nous débarrasser des islamistes et autres salafistes moyenâgeux; Ben Ali, l'homme fort d'aujourd'hui, peut et doit permettre à la Tunisie de demain d'accéder à un régime démocratique. Tant qu'il est temps, tant qu'il est fort et disposant de toutes ses facultés mentales et physiques. L'âge ne connaît pas de dispenses et la vieillesse nous guette tous. Les choses les plus importantes dans la vie, sont réalisées dans sa jeunesse.
Pour procéder à la démocratisation de la Tunisie, je proposerai de suivre un plan comme en matière économique avec les plans quinquennaux !!!! Un plan-contrat en fait entre les gouvernants actuels les gouvernés. Un plan quant à sa projection dans l'avenir et un contrat quant à son nature conventionnelle entre l'Etat-RCD d'une part et les partenaires sociaux (UGTT, LTDH, UGET, etc.) et les partis politiques d'autre part.
Dans l'application de ce plan-contrat, il faut être réaliste, laisser le temps au temps, comme disait feu F. Mitterrand, et tenir compte de plusieurs paramètres dans sa réalisation, car n'est pas ukrainien qui veut !!!!
Il faut avoir présent à l’esprit que le peuple tunisien, dans sa majorité, bien qu'il aspire à la Démocratie, la répression aidant, préfère fouetter d'autres chats que de lutter pour instaurer un régime réellement représentatif et démocratique. Les classes moyennes qui représentent 70 °/° de la société tunisienne sont l'émanation du régime politique et économique issu de l'Indépendance. Le Parti destourien, aujourd'hui le RCD, a contribué à leur essor social et économique et leur formation idéologique. Ces classes sont reconnaissantes vis-à-vis du RCD et le lui rend bien. Elles ont intériorisé la peur, que les pratiques de la police, contraires aux Droits de l'Homme, lui inspirent et font de l'apolitisme leur devise principale. Le sens commun leur fait dire: «Fais tout sauf de la politique" ; "akhta rassi wadhrab" (épargne ma tête et cogne), "fukk 'alik missiyassa", (ne touche pas à la politique !) Etc.
Nous sommes loin du magnifique peuple ukrainien qui nous a offert au mois de décembre 2004 une leçon de courage, de pacifisme, d'endurance, et d'acharnement pour atteindre son idéal démocratique. La majorité de ce peuple, qui a refusé de cautionner la falsification des résultas législatif et présidentiel et d'accepter le fait accompli, s'est levée comme une lionne pour défendre ses petits !!! Dans les rue de Kiev, par un froid polaire et couchant dehors pendant un mois, des milliers de vaillants ukrainiens ont dit non à la tyrannie, non au despotisme de Kutchma et de son supposé successeur Yakanovich. Ils ont fini par obtenir gain de cause, le deuxième tour des élections a été refait, le démocrate Yuchenko a été réélu haut la main et …… triompha la Démocratie, sans coup férir, pacifiquement, pas un mort, pas un blessé, pas un coup de feu !!!
D’autre part, les intellectuels tunisiens, avocats, magistrats, médecins, ingénieurs, enseignants, fonctionnaires et hauts fonctionnaires, sont soient inféodés à l'appareil du RCD et de l'Etat et contribuent à sa politique anti-démocratique, soit ne font du zèle démocratique que dans les salons, les cafés, les bars, ou devant leur poste de télévision dans le havre de paix que leur offre leurs villas cossus. Ils sont plus amènes de défendre leurs propriétés en bord de mer que de défendre le droit du peuple tunisien à jouir d'un régime démocratique.
Le petit peuple, ouvrier et paysan, quant à lui, a acquis aujourd'hui grâce aux télévisions par satellite, notamment la chaîne arabe anti-américaine "al-jazeerah", un niveau de conscience politique remarquable. Toutefois, ses priorités sont plus la recherche de sa subsistance et de ses moyens de survie que la quête démocratique. Absorbé par le labeur quotidien, il ne peut s'offrir le luxe d'une activité politique dont les risques sont très importants pour lui.
Reste les militants des droits de l'Homme de la LTDH, les intellectuels engagés, les étudiants courageux, les syndicalistes honnêtes de l'UGTT, les militants du seul parti réel d'opposition le Parti Démocratique Progressiste ( PDP) et tous ceux qui s'opposent avec courage, dévouement et détermination, à l’instar de l’avocate Radhia Nasrawi ou de la militante Sihem Ben Sedrine, au monstre de l'Etat-RCD et payent de leur liberté la quête démocratique. Ils sont trop peu nombreux pour exiger et imposer un changement démocratique. Dans leur affrontement au pouvoir, ils sont souvent seuls, isolés, disposant de moyens financiers, matériels et humains et de propagande disproportionnés par rapport à ceux dont dispose le RCD. Celui-ci n'hésitant pas à utiliser les moyens de l'Etat à son profit y compris pendant les élections. Il pousse le ridicule jusqu'à offrir des plages d'expression à l'opposition durant la compagne électorale dans la radio et la télévision pour se donner une apparence d'équité démocratique, alors que le RCD en dispose à sa guise l'année entière. Le RCD n’a pas hésité non plus à s’offrir un gratte-ciel en plein centre de Tunis dont le financement reste obscur, gardé jour et nuit par la police tunisienne payée par les deniers publics.
Je garde toutefois espoir, que l’intelligence du président Ben Ali va le pousser à réfléchir sérieusement sur l’avenir de la Tunisie, à celui de ses descendants et de sa famille. Ben Ali ne peut quitter ce monde d’ici 20 ou 30 ans sans laisser un régime démocratique derrière lui. Il ne peut refuser à son peuple, à la jeunesse tunisienne la liberté et la démocratie dont il a droit et un besoin vital. Rien ne permet de dire que les enfants du président et sa famille vont être bien traités par son successeur. Ne serait-ce qu’en pensant à leur avenir en Tunisie, que Ben Ali doit mettre un terme au despotisme et instaurer un réel régime démocratique dans notre pays. Un nouveau régime respectueux des droits de l’homme, un régime dont la police ne maltraite pas le citoyen et donc pas ses enfants. Il doit pouvoir compter sur un système politique qui respecte leur dignité et leur sécurité. Seule une démocratie réelle, un respect du droit et de la justice sociale peuvent assurer une vie paisible à ses enfants le jour où, outre- tombe il ne pourra plus intervenir en leur faveur. Le président Ben Ali, n’est pas sans savoir que, s’il accepte l’instauration de la démocratie en Tunisie, ses descendants en profiteront tout comme le peuple tunisien et que s’il la refuse à celui-ci, ses enfants en pâtiront un jour aussi !!!!
Il est temps que le président Ben Ali, à 70 ans et après 17 ans de règne, commence à réfléchir sincèrement et sérieusement à l’avenir de la Tunisie. Le peuple tunisien a l’impression de vivre depuis 1956 dans un tunnel obscur dont il ne voit pas la fin. Nous exigeons la vérité, nous avons droit à la démocratie, nous exigeons d’être des citoyens dignes, fiers de notre pays !!!
D’autres pays surtout africains, beaucoup moins développés économiquement et socialement que la Tunisie, à l’instar du Sénégal, du Burkina Faso, du Mali ou même du pauvre Madagascar ont osé le changement démocratique. Les pays d’Amérique latine ont fait leur mue démocratique depuis les années 80, les pays de l’ex-bloc soviétique ont réussi leur transformation démocratique après la chute du soviétisme. Même la pauvre Albanie symbole du despotisme sous Enver Hoxha a accédé au statut de pays démocratique.
A l’exception de l’Irak, aujourd’hui seul pays arabe engagé dans la démocratie avec des sacrifices majeurs grâce à l’intervention anglo-américaine, les autres pays, persistent à maintenir des régimes obsolètes et dictatoriaux.
Soyons pratiques, pragmatiques et concrets pour l’instant !!!
Pour procéder à la démocratisation de la Tunisie, je proposerai de suivre comme en matière économique des plans quinquennaux !!!!
Il est indéniable que la Tunisie en adoptant des plans de développement économique à la soviétique avait depuis 1956 enregistré des progrès importants en matières économique et sociale. Progrès qui, il faut le dire, se sont ajoutés à ceux réalisés par la France de 1881 à 1956.
Ces plans quinquennaux ont fait leur preuve en matière économique et sociale, il n'y a aucune raison à ce qu’ils échouent en matière politique !!! Le premier plan-contrat entre l'opposition et le RCD pourra stipuler que lors des prochaines élections législatives de 2009, 20 °/° des sièges de l'Assemblée des députés serait attribué exclusivement à l'opposition et les 80 °/° restant au RCD. Seule condition que les élections concernant ce quota réservé à l'opposition lui soit exclusivement attribuée et que le RCD n'y prenne pas part.
Ainsi de plan quinquennal en plan quinquennal, c'est à dire successivement pour les élections législatives de 2009, 2014, 2019, 2024 enfin de 2029, les élections libres et réelles toucheront 20, 40, 60, 80 °/° pour atteindre finalement en 2029 l'ensemble des sièges de la Chambre des députés.
C'est en fait en 2029 que toute la génération des politicards du RCD, qui ont tout à craindre d'une réelle démocratisation du régime politique tunisien, auront disparu et auraient déjà bien préparé l'avenir de leurs rejetons !!!!
Cette stratégie politique n'est envisageable toutefois que si le régime politique est transformé en régime parlementaire afin de permettre une réelle fonction législative au Parlement et permettre à la fonction de la Présidence de la République de se dégager lentement et doucement des affaires politiques. M. Ben Ali pourra ainsi conserver ses fonctions jusqu'à 2029 s'il en a envie !!! La fonction présidentielle deviendra de la sorte toute honorifique et symbolique sue le modèle allemand ou israélien.
Toutefois cette politique des plans quinquennaux ne pourra pas réussir sans le remaniement du code électoral du code de la presse et du code pénal qui doivent supprimer toutes les infractions relatives à la liberté d’expression, d’association, de manifestation, de grève, et sans la liberté totale de l’expression sous toutes ces formes et la fin du monopole de l’Etat sur la télé et la radiodiffusion.
Tout particulièrement l’expression de toute opinion et la diffusion de tout support y afférant, ne doivent plus relever du droit pénal mais exclusivement du droit civil. Toute personne qui s’estime lésée par autrui en raison de son expression ou de son opinion diffusée sur un support médiatique doit pouvoir porter son différent avec l’auteur des propos devant une juridiction civile pour dire s’il y a en l’espèce un dommage moral ; une atteinte à la vie privée de la personne à son honneur ou à son image et obtenir le cas échéant réparation. La liberté doit rester la règle et la limitation par la justice l’exception. Il ne peut y avoir de limitation des libertés publiques par voie réglementaire !!! Seule la justice civile peut mettre des limites à ces libertés a posteriori et cas par cas.
Dans une lettre ouverte au Président Ben Ali en date de décembre 2003, publié sur le site www.reveiltunisien.org, je lui avais proposé de transformer notre pseudo régime républicain en régime monarchique en restaurant la monarchie, dont la Tunisie avait connu une expérience pleine de promesse avec le court règne de feu Sidi Moncef Bey, le Roi du Peuple, qui comptait instaurer une monarchie constitutionnelle à l’indépendance de la Tunisie, vœu réitéré par feu Sidi Lamine Bey, rêve malheureusement avorté par Bourguiba, qui avait sacrifié au mythe de la République mais qui en fait avait régné comme un Roi despote dans une monarchie absolue !!!! Cette proposition faite au Président tunisien, s’inscrit dans ma volonté de démocratiser la Tunisie à moindres frais. En restaurant la monarchie, la Tunisie pourrait ainsi joindre la réalité au droit et en finir avec l’hypocrisie qui règne dans les républiques du Monde arabe qui fait hériter un fils de président de la fonction de son père défunt.
Que proposer d'autres afin de convaincre le RCD et son président que la classe politique dirigeante n'a rien à craindre d'un changement démocratique doux et pacifique à long terme. Que leurs descendants, leurs familles et surtout la Tunisie ont tout à gagner d'un processus historique devenu inéluctable, qui d’autant plus est encouragé aujourd’hui, par la première puissance démocratique au monde ! Si toutes ces propositions n’arrivent pas à convaincre le RCD et son président, la classe proche du pouvoir et l’UTICA de la nécessité de démocratiser la Tunisie, il faudrait penser à d’autres moyens de lutte pacifique afin d’en finir avec le régime dictatorial du tristement célèbre RCD.
Les méthodes pacifiques qui ont fait leurs preuves dernièrement en Ukraine, en ex-Yougoslavie, en Géorgie, et de manière générale dans les pays de l’ex-bloc soviétique, sont-elles adaptées à la Tunisie ? Je pense que oui, mais je crains la réaction du pouvoir et de son parti le RCD, qui ne manquera pas d’être violente et disproportionnée. La force brutale sera sûrement utilisée contre des manifestants pacifistes et paisibles, la brutalité sera certainement le lot des manifestants. Le régime a montré de quoi il était capable le 26 janvier 1978 lors de la crise avec l’UGTT et les 3, 4, 5, et 6 janvier 1984 lors des émeutes du pain. C’est donc une hypothèse à exclure, il faut ménager nos citoyens, nos militants des droits de l’homme et de la démocratie afin d’éviter l’irréparable !!! Les dirigeants tunisiens actuels n’ont pas le niveau de conscience des dirigeants européens déchus qui ont préféré s’effacer que de faire couler le sang de leurs concitoyens. I faudrait être prudent, animé d’un vrai esprit pacifiste, ménager nos potentialités. C’est pour cette raison qu’une méthode encore plus pacifique s’impose pour faire plier petit à petit le gouvernement tunisien et le RCD. Le moyen le plus efficace me semble-t-il est de commencer une résistance passive et pacifique sans aucun affrontement avec les forces de l’ordre. Il s’agit d’appeler le peuple tunisien, en fait tous les démocrates sincères et tous les citoyens honnêtes épris de justice et désirant un changement démocratique de rester chez eux un jour par trimestre, fusse-t-il un dimanche, toute la journée et de ne pas mettre les pieds dehors, sauf urgence médicale. Nous appellerons cette occasion «Yawm al-mutalaba bi-dimoqratiyya » : « journée de la démocratie ». On peut aussi imaginer de demander aux citoyens qui le désirent de mettre le lendemain de cette journée, à une heure précise, pendant cinq minutes, un ruban adhésif sur la bouche sur lequel on écrirait « c’est ça la liberté d’expression en Tunisie ».
Il s’agit donc d’être imaginatif et créatif et d’avoir la volonté de mettre en œuvre tous les moyens pacifiques pour faire plier l’Etat-RCD. Si nous ne sommes même pas capables d’imaginer et de mettre en application de telles méthodes, c’est que nous intellectuels et démocrates sommes des incapables et des nuls, bon à rien.
Me. Kamel Ben Tahar CHAABOUNI
Avocat
kamelchaabouni@yahoo.fr

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