Par Me kamel Chaabouni
Le 20 mars 2004, la Tunisie a fêté ses 48 ans d'indépendance.
Un demi-siècle environ que les "méchants colons" français ont quitté notre beau pays pour remettre les reines du pouvoir aux "gentils nationalistes" et à leur tête l'ancien despote éclairé Habib Bourguiba. Les destouriens se sont installés avec leur nouvelle machine à gouverner et à opprimer le Parti Destourien Libre rebaptisé ensuite en Parti Socialiste Destourien et enfin après 1987 en Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) utilisant les restes des structures administratives et les débris de l'appareil policier colonial.
Face à cette gigantesque machine répressive qui a fait de la démagogie, du populisme et tout récemment de la lutte contre l'Islamisme son cheval de bataille, l'opposition tunisienne est restée, malgré la lutte de générations de militants sincères, déroutée, divisée, inopérante en tout cas inefficace.
De surcroît elle est restée toujours à l'état de spéculations stériles qui n'ont aucune incidence sur le terrain du changement démocratique. Un ami opposant de longue date, à qui j'ai demandé ce que son parti, fraîchement créé, compte faire pour en finir avec la dictature en place, m'avait répondu : " Nous avons publié un communiqué dénonçant...."
…dénonçant je ne sais quoi ! ! !
Il est temps, après un demi-siècle passé sous un despotisme honnis, justifié d'abord et jusqu'à la fin des années 70 par l'analphabétisme du peuple et ensuite par la lutte contre l'obscurantisme religieux de réfléchir sur les points faibles de notre lutte contre ce régime despotique, notre situation actuelle et nos projets d'avenir politique pour la Tunisie.
La question qui se pose aujourd'hui n'est plus de savoir la nature du régime qui dirige le pays, qui s'est révélée cynique, despotique, démagogique et un brin populiste. Mais de savoir pourquoi ce régime dictatorial se maintient malgré sa longévité et pourquoi les pays démocratiques avec à leur tête la France, le soutiennent ? ? ?
La réponse à cette question est simple, le régime du RCD terrorise le peuple et lui fait peur par une police omniprésente et plus forte que l'armée, il n'y a qu'à voir le budget du ministère de l'intérieur. A quoi s'ajoute une main mise implacable sur les moyens d'information, internet, radio, télévision, presse écrite et livres.
Il ne faut cependant pas croire que le régime du RCD est isolé sur le plan interne. La bourgeoisie affairiste, mercantile et arriviste le soutient ainsi qu'un lumpun-prolétariat auquel il jette des miettes pour acheter son silence. Sur le plan international, le grand atout du régime du RCD est sa répression sauvage contre les mouvements islamistes. Cela lui vaut les satisfaicits de la France et de l'Europe en général. On passe alors sous silence ses exactions contre les opposants de toutes sortes, et ses atteintes aux libertés publiques et aux droits de l'être humain.
S'il a fallu l'intervention des USA pour mettre fin au régime baasiste de triste mémoire, le régime du RCD n'offrira pas une telle occasion aux puissances étrangères pour le déloger de sa tour d'ivoire. Il faudrait que le peuple tunisien compte sur lui-même pour mettre fin à ce régime despotique et impopulaire qui réduit depuis 1956 des millions de tunisiens à l'esclavage et à la frustration. La Tunisie, pays qui a fait un grand bon sur les plans économique et social est digne d'être doté d'un régime démocratiquement élu représentant la volonté populaire réelle et souveraine.
En un mot, le peuple tunisien a droit à la démocratie.
Mais comment y arriver ? Comment provoquer le changement démocratique tant attendu ? Par quels moyens stratégiques et tactiques les forces démocratiques arriveront-elles à libérer le peuple tunisien d'une oppression, d'une dictature et d'un Etat qui n'a de droit que le nom ?
"Que faire ?" disait Lénine. Pour répondre à la question du grand maître de la Révolution russe, il faudrait observer comment les régimes que son modèle communiste ont inspiré, ont été balayé par l'Histoire. Ainsi devrions-nous voir de près comment le régime polonais, tchécoslovaque, albanais, hongrois, bulgare, roumain, et yougoslave ont cédé la place à des régimes démocratiques.
L'observation des changements démocratiques récents en Afghanistan, en Irak, en Géorgie et en Haïti doivent attirer également notre attention. Ne nous attardons pas sur le cas des pays dont les régimes despotiques ont été renversés à la faveur d'une intervention étrangère, en l'occurrence américaine, c'est le cas de l'Afghanistan, de l'Irak et dans une moindre mesure de la Serbie.
Dans ce dernier cas, les USA ont certes porté des coups de semonce au régime de Milosevic, mais c'est finalement le peuple serbe qui a porté finalement le coup de grâce au régime xénophobe serbe par ses manifestions quotidiennes et sa détermination.
Pour répondre à la question « Que faire pour provoquer le changement démocratique en Tunisie ? »
nous devons observer quelques règles et respecter quelques principes fondamentaux.
1) Le premier principe fondamental à respecter est le principe d'une résistance pacifique face à l'oppression de l'Etat. Notre lutte pour promouvoir la démocratie dans notre pays doit rejeter toute méthode violente et condamner toute action qui utilise la force matérielle afin de changer le despotisme en démocratie. A l'heure de la condamnation universelle du terrorisme, nous éviterions ainsi d'être taxés de terroristes et nous épargnons à nos militants démocrates les foudres d'une répression sauvage.
2) Le second principe capital est de bannir toute hostilité envers les Etats Unis d'Amérique dans notre discours politique. Notre ressentiment envers les USA est certes justifié par la frustration que nous ressentons tous envers la politique injuste de la superpuissance dans le conflit israélo-palestinien. Mais ce ressentiment nous coûte cher en terme politiques. Le régime du RCD l'utilise à bon escient pour justifier sa légitimité auprès des autorités américaines Nous n'avons aucun intérêt à être hostile aux USA, nous devons les mettre de notre coté dans notre combat démocratique. Bourguiba n'avait pas hésité à le faire pour avoir le soutien de cette superpuissance face à la France.
3) Les militants démocrates, les partis politiques de l'opposition sincère et les organisations professionnelles et syndicales opposés au régime du RCD doivent s'unir dans un Mouvement pacifiste démocratique autour d'une plate forme minimale d'action et de projet démocratique. Cette plate forme doit énoncer :
Que le but du mouvement est l'instauration d'un régime démocratique laïque, respectueux des religions, des libertés publiques et individuelles, accordant une liberté totale et absolue à la liberté de la pensée, de l'expression et de la publication.
Que seule la justice peut mettre une limite à cette liberté de l'expression !
Que le nouveau régime démocratique accordera une amnistie à toutes les personnes ayant commis des délits, qu'il ne permettra aucun acte de vengeance ni contre les agents de police ayant commis des délits avant le changement démocratique ni contre les agents du pouvoir du RCD, à condition pour eux d'avouer leurs forfaits devant une commission " Vérité et pardon". La Tunisie a besoin de panser ses plaies, elle n'a besoin de revanche, mais son peuple a droit à la vérité, ses victimes à une juste indemnisation et ses bourreaux au pardon.
Ces principes énoncés clairement que faire maintenant pour provoquer un réel changement démocratique, une véritable modification des structures et des mentalités politiques :
Face à l'intransigeance du pouvoir du RCD qui, depuis 48 ans, s'obstine à méconnaître au peuple tunisien son droit légitime à la démocratie, sa quête des libertés publiques, sa soif de liberté et de dignité, nous proposons à l'ensemble des forces démocratiques et à l'élite de la Tunisie d'entamer un mouvement de protestation pacifique tendant à soit à un changement démocratique par les soins même de ce régime, s'il est tant soit peu intelligent, soit son élimination de l'échiquier politique par les moyens pacifiques suivants :
1) Déclaration d'une journée nationale de la Démocratie, le 26 janvier de chaque année par exemple, à la mémoire des martyrs tombés sous les balles de la répression le 26/01/1978 lors de l'émeute du pain. Durant cette journée chaque démocrate, voire tout citoyen, portera un brassard, ou tout autre symbole démontrant sa détermination à exiger son droit de vivre dans un pays démocratique.
2) Boycotter la presse, la radio et la télévision tunisiennes hormis le journal « Ashaab » de l'UGTT qui d'eux l'instrument de son despotisme.
3) Entamer des grèves de la faim épisodiques par secteur pour revendiquer notre droit à la démocratie.
4) Constituer des délégations de démocrates , d'intellectuels et de militants syndicalistes et de représentants des partis politiques qui ne font de compromissions avec le régime du RCD afin de les dépêcher auprès des pays démocratiques en particulier aux USA, en Europe, au Canada etc... afin de démasquer le régime despotique du RCD et demander à faire pression contre lui.
Il ne s'agit là que de quelques propositions simples, nous attendons de la part des démocrates d'autres propositions afin d'en finir avec le régime despotique du RCD. Cette situation ne peut plus durer, bientôt un demi-siècle de despotisme, cela suffit. Nous avons le droit à la liberté, à la démocratie, au respect et à la dignité ! ! ! !
Paris le 31 mars 2004
Kamel Ben Tahar CHAABOUNI Avocat
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